Aurore Morin
Le rôle étonnant des excréments de baleines et du phytoplancton dans la lutte contre le changement climatique
Le rôle étonnant des excréments de baleines et du phytoplancton dans la lutte contre le changement climatique
Les baleines font partie intégrante de l’écosystème océanique, et elles contribuent à lutter contre le changement climatique d’une manière plutôt originale… en déféquant !
Les importantes quantités d’excréments produites par ces grands mammifères marins servent d’engrais au phytoplancton qui, à son tour, sert de nourriture au zooplancton. Le phytoplancton et le zooplancton sont deux types de microorganismes aquatiques qui constituent la base du réseau trophique océanique, et qui sont essentiels à la santé de la planète. Ils contribuent en effet à capter du carbone de l'atmosphère, réduisant ainsi les gaz à effet de serre. Le phytoplancton produit également environ 50 % de l'oxygène que nous respirons.

Analysons les interactions entre zooplancton, phytoplancton et excréments de baleines afin de découvrir comment ces trois éléments marins influent sur le changement climatique et sur la santé de notre planète !
Qu’est-ce que le zooplancton ?
Le zooplancton désigne un ensemble de microorganismes aquatiques que l’on trouve principalement dans les océans, les lacs et les étangs. Son nom vient du grec zoo (« animal ») et planktos (« errant »).
Il existe différents types de zooplancton. Certains sont des formes larvaires d’animaux marins tels que des moules, des méduses, des escargots de mer, des vers et des poissons. S'il n'est pas mangé, ce zooplancton peut évoluer en différentes espèces adultes.
L’holoplancton est un autre type de zooplancton. Contrairement au zooplancton d’origine larvaire, il reste à l’état de plancton toute sa vie. Il s’agit notamment du krill et des copépodes.
Le krill est l’une des formes de zooplancton les plus répandues et les plus importantes d’un point de vue écologique. Il s’agit de petits crustacés qui peuvent atteindre 6 centimètres de long et vivre jusqu’à cinq ans.
Quels animaux se nourrissent de zooplancton ?
Le zooplancton sert de nourriture à une multitude d’animaux marins, des petits poissons aux crevettes en passant par les escargots de mer, les crabes, les palourdes, les homards et d’autres crustacés, ainsi que certaines espèces de méduses et de coraux.
Toutefois, les plus gros consommateurs de zooplancton sont les cétacés à fanons, tels que la baleine bleue. D’ailleurs, le terme « krill » signifie « nourriture des baleines » en norvégien. Ces cétacés utilisent leurs fanons pour filtrer le zooplancton qu’ils avalent. Ils peuvent en consommer des quantités titanesques en une seule journée.
De quoi se nourrit le zooplancton ?
Le zooplancton se nourrit de bactéries, d’algues et d’autres formes de zooplancton. Il se nourrit également de phytoplancton. Les scientifiques distinguent deux types de zooplancton : les organismes herbivores, qui se nourrissent de phytoplancton, et les organismes carnivores, qui se nourrissent d’autres formes de zooplancton.
Le zooplancton est-il autotrophe ?
Les organismes autotrophes sont des organismes qui produisent leur propre nourriture. Il s’agit principalement des plantes et d’autres organismes photosynthétiques tels que le phytoplancton, qui sont capables de tirer leur énergie de la lumière du soleil, grâce à la photosynthèse. Ces organismes forment la base du réseau trophique océanique.
À l’inverse, les organismes hétérotrophes sont des organismes qui ont besoin de se nourrir d’autres organismes. Le zooplancton est hétérotrophe, car il se nourrit de phytoplancton.
Qu’est-ce que le phytoplancton ?

Le phytoplancton se présente sous la forme d’algues qui flottent et se déplacent avec les courants d’eau. Tout comme le zooplancton, le phytoplancton constitue un maillon essentiel de la chaîne alimentaire. On trouve du phytoplancton dans les habitats marins et dans les habitats d’eau douce.
Le phytoplancton est constitué de microorganismes invisibles à l’œil nu. Toutefois, lorsqu’il est très abondant, il peut former des amas verts à la surface de l’eau.
Le phytoplancton est essentiel à la vie sur Terre : il produit près de la moitié de l’oxygène que nous respirons et absorbe des milliers de tonnes de dioxyde de carbone. Le phytoplancton est également une source essentielle de nourriture pour de nombreux autres organismes aquatiques, tels que les petits poissons et les crustacés. Certains types de zooplancton, comme le krill, se nourrissent également de phytoplancton.
Tout comme les plantes, les espèces qui constituent le phytoplancton sont des organismes autotrophes, qui tirent leur énergie de la photosynthèse. C’est là que les excréments de baleine entrent en scène, puisqu’ils servent d’engrais au phytoplancton, lui offrant ainsi les nutriments dont il a besoin pour se développer.
Quelles différences y a-t-il entre le phytoplancton et le zooplancton ?
Le phytoplancton et le zooplancton sont deux types de plancton vivant en milieu aquatique. Ce sont de minuscules organismes qui sont charriés par les courants océaniques. Toutefois, il existe quelques différences essentielles entre les deux.
Tout d’abord, le phytoplancton relève du règne végétal tandis que le zooplancton appartient au règne animal. Le phytoplancton fabrique sa propre énergie en synthétisant la lumière du soleil grâce à la chlorophylle, alors que le zooplancton a besoin de se nourrir d’autres organismes pour survivre et se développer.
Ces deux types de plancton diffèrent également par leur apparence. La plupart des espèces de zooplancton sont suffisamment grandes pour être observables à l’œil nu. Elles sont généralement translucides et peuvent prendre une multitude de formes. Le phytoplancton est moins facile à observer. Il faut un microscope pour discerner les organismes qui le composent. Toutefois, vous pouvez apercevoir du phytoplancton dans l’océan lorsqu’il y en a en grande quantité : il forme alors un amas vert, d’aspect cotonneux, à la surface de l’eau.
La dernière différence majeure entre le phytoplancton et le zooplancton concerne leur localisation. Le phytoplancton se trouve à la surface de l’océan, car il a besoin de synthétiser la lumière du soleil. En journée, le zooplancton préfère quant à lui les eaux profondes, à l’abri des prédateurs. Mais la nuit, il migre vers la surface océanique pour se nourrir de phytoplancton et d’autres organismes, avant de regagner les profondeurs.
Pourquoi le plancton est-il important ?
Le zooplancton et le phytoplancton sont tous deux incroyablement importants pour la vie sur Terre.
L’excès de dioxyde de carbone (CO2) émis dans l’atmosphère contribue à l’augmentation des températures, ce qui a des conséquences sur la santé humaine et sur les écosystèmes de toute la planète. La température et l’acidité des océans augmentent également, ce qui tue les récifs coralliens, dissout les coquilles de crustacés et perturbe l’équilibre de la vie marine.
Or, le plancton contribue à atténuer les effets du changement climatique et à protéger la biodiversité. Le phytoplancton contribue également à la production d’oxygène.
Atténuation du changement climatique
Le plancton joue un rôle majeur dans le cycle du carbone.
Lorsque le phytoplancton meurt, il coule vers le fond de l’océan, emportant avec lui le carbone qu’il a absorbé par photosynthèse. On estime que les océans captent ainsi 40 % de tout le dioxyde de carbone que nous produisons, ce qui équivaut à la quantité de carbone absorbée par 1 700 milliards d’arbres !
Le zooplancton contribue lui aussi à ce processus. Chaque soir, il remonte à la surface de l’océan pour se nourrir de phytoplancton avant de redescendre dans les profondeurs, où il relâche alors des excréments qui viennent tapisser le plancher océanique. Ce phénomène contribue également à capter d’importantes quantités de carbone de l’atmosphère.
Préservation de la biodiversité
Le plancton forme la base de la chaîne alimentaire marine. À ce titre, il est essentiel à la santé et au développement de toutes les formes de vie océaniques !
Le phytoplancton représente près de la moitié de la production primaire mondiale et 90 % de la production primaire des océans. C’est une source de nourriture essentielle pour le zooplancton, qui est ensuite consommé par d’autres espèces aquatiques, telles que des poissons et des crustacés. Ces petits animaux marins servent à leur tour de nourriture à des prédateurs de plus grande taille, et ainsi de suite jusqu’au sommet de la chaîne alimentaire.
Le zooplancton est également une source primaire de nourriture pour les cétacés à fanons, qui peuvent consommer jusqu’à 4,5 tonnes de krill par jour.
Production d’oxygène
Le phytoplancton est constitué d’organismes autotrophes, qui tirent leur énergie de la photosynthèse. En synthétisant l’énergie solaire, ces organismes transforment du dioxyde de carbone en oxygène, qui est ensuite relâché. Cet oxygène représente près de la moitié de l’oxygène que nous respirons.
Comment les baleines contribuent-elles à la santé du plancton ?

Les baleines jouent un rôle crucial dans les écosystèmes marins. Certaines, comme les cachalots et les baleines bleues, descendent en eaux profondes pour se nourrir de proies hautement nutritives, telles que du zooplancton, avant de remonter vers la surface pour déféquer. Le fer et l’azote contenus dans leurs excréments servent ensuite d’engrais au phytoplancton, dont ils favorisent le développement. Ce phénomène est connu sous le nom de « pompe à baleine », car les baleines remontent ainsi des nutriments à la surface de l’océan.
Lorsque les baleines migrent pour se reproduire, elles défèquent également le long de leur parcours et transportent ainsi des nutriments vers d’autres zones de l’océan, ce qui peut favoriser le développement du phytoplancton le long de leurs axes migratoires.
En nourrissant le phytoplancton, les baleines contribuent également à la santé du zooplancton et à l’équilibre de tous les écosystèmes océaniques. En effet, le phytoplancton nourrit le zooplancton, qui nourrit à son tour des animaux marins tels que les baleines et d’autres grands mammifères marins.
Sans les baleines, il y aurait beaucoup moins de phytoplancton et de zooplancton. En effet, le phytoplancton prospérerait moins bien sans l’apport régulier d’engrais fourni par les excréments de baleines. Comme il y aurait moins de phytoplancton, le zooplancton aurait moins de nourriture et sa quantité diminuerait également.
Voilà pourquoi la quantité de krill s’est effondrée lorsque le nombre de baleines a chuté sous l’effet de la chasse commerciale, alors qu’on se serait attendu à l’inverse, puisque les baleines sont les principaux prédateurs du krill. Cet effet a été appelé paradoxe du krill.
De quelles autres manières les baleines contribuent-elles à la biodiversité et à la lutte contre le changement climatique ?
En nourrissant le phytoplancton et indirectement le zooplancton, les baleines contribuent à la production d’oxygène et à la réduction de la quantité de dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. Mais ce n’est pas tout ! Voici deux autres incroyables services qu’elles rendent à la planète.
Appui à la biodiversité océanique
Les baleines sont au sommet de la chaîne alimentaire marine. En contrôlant les populations des proies dont elles se nourrissent, elles contribuent à maintenir l’équilibre et la biodiversité des écosystèmes océaniques.
En contribuant à la santé du phytoplancton et du zooplancton, les baleines s’assurent également une source de nourriture qui sert aussi à de nombreux autres animaux marins, tout au long de la chaîne alimentaire.
Capture du carbone
Les baleines jouent un rôle crucial dans la capture du carbone. Elles font partie des plus grands animaux sur Terre et ont aussi une longévité hors du commun. Elles stockent du carbone dans leur organisme, tout comme les arbres stockent du carbone dans leur tronc.
Lorsqu’une baleine meurt, elle coule vers le fond de l’océan, emportant avec elle le carbone stocké dans son organisme.
En mourant, une baleine peut ainsi stocker du carbone au fond de l’océan (et donc en dehors de l’atmosphère) pendant des centaines, voire des milliers d’années. Les carcasses de baleines constituent également une source de nourriture pour les espèces qui vivent en eaux profondes.
Un délicat équilibre aujourd’hui en péril
Partout dans le monde, les baleines sont confrontées à de graves menaces dues à l’action de l’homme, de la chasse commerciale aux collisions avec des navires en passant par la pollution sonore océanique, l’enchevêtrement dans des équipements de pêche ou encore le changement climatique.
Les populations de baleines ont drastiquement chuté depuis le développement de la chasse commerciale à la baleine. Entre 1980 et 2001, les populations de petits rorquals et de rorquals communs ont respectivement chuté de 20 % et 85 %. La situation des baleines bleues est encore plus catastrophique : leur nombre a chuté de 98,5 % !
Les populations de baleines n’ont pas encore retrouvé leurs niveaux antérieurs à la mise en place de la chasse commerciale. Malgré un moratoire mondial, certains pays continuent d’autoriser la chasse commerciale à la baleine.

En outre, des baleines sont régulièrement victimes de collisions avec des navires sur les couloirs de navigation très empruntés, entraînant des blessures ou la mort chez ces cétacés. Il leur arrive également de s’enchevêtrer dans des filets de pêche, ce qui entrave leur capacité à nager et à se nourrir. Enfin, la pollution sonore océanique empêche les baleines de communiquer et de s’orienter correctement.
Les habitats des baleines évoluent également sous l’effet du changement climatique. Le plancton est très sensible aux modifications environnementales, notamment les changements de température, de salinité, de pH et de concentration en nutriments dans l’océan. À mesure que les océans se réchauffent et que les glaces de mer fondent, les quantités de zooplancton diminuent. Or le zooplancton est l’une des principales sources de nourriture des baleines : l’évolution de sa disponibilité et de sa répartition influe donc sur le niveau d’énergie et de reproduction des baleines.
Grâce à leurs déjections, les baleines jouent pourtant un rôle essentiel dans la santé des océans et de la planète toute entière.
Que fait IFAW pour aider les baleines ?
Il est essentiel que nous protégions les populations de baleines, ce qui permettrait de contribuer également à la santé du phytoplancton et du zooplancton. Une hausse de 1 % de la productivité du phytoplancton permettrait en effet de capter des centaines de millions de tonnes supplémentaires de CO2 par an, ce qui contribuerait à atténuer le changement climatique.
IFAW travaille avec des partenaires et des communautés du monde entier afin de protéger les baleines et les écosystèmes marins. Nous essayons de sauver de l’extinction la baleine franche de l’Atlantique nord, dont il ne reste que 370 individus environ dans le monde. Nous travaillons avec les pêcheurs, les fabricants d’équipements de pêche et les autorités de régulation des pêches afin d’encourager l’adoption de solutions innovantes, telles que les équipements de pêche à la demande, qui permettent d’éviter les enchevêtrements.
Nous nous efforçons également de faire baisser le nombre de collisions avec des navires, en déviant les axes maritimes de manière à contourner les habitats critiques des baleines et en plafonnant les vitesses de navigation. Notre campagne Vitesses Bleues vise à réduire la pollution sonore sous-marine, les risques de collisions, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre néfastes dues au transport maritime.
Au Kenya, IFAW s’efforce de préserver les habitats côtiers afin de protéger l’abondante biodiversité marine d’Afrique de l’est, qui inclut plusieurs espèces de baleines. Les baleines sont essentielles à ces écosystèmes, qui fournissent un moyen de subsistance à 2,7 millions de personnes.
L’équipe d’IFAW chargée du sauvetage de mammifères marins vient également en aide aux baleines. Nous portons secours aux cétacés échoués et réalisons des nécropsies afin de mieux comprendre les menaces auxquelles sont confrontés les mammifères marins. Nous avons également repensé l’usage de la sédation afin d’améliorer le sauvetage des baleines enchevêtrées.
Enfin, IFAW plaide en faveur de l’interdiction définitive de la chasse commerciale à la baleine, partout dans le monde. En Islande, nous avons contribué à faire évoluer les perceptions concernant la viande de baleine, qui était présentée aux touristes comme un mets islandais traditionnel. Grâce à notre campagne « Venez à notre rencontre, ne nous mangez pas », nous promouvons l’observation responsable des baleines en tant qu’alternative durable à la chasse commerciale.
Nous travaillons également pour mettre fin à la chasse à la baleine au Japon, où cette pratique a récemment repris. Signez notre pétition pour mettre fin à cette pratique cruelle, inutile et non durable.
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